2018-2020, quelle stratégie pour « sauver le climat » ?

America First ! C’est au nom de l’emploi américain que Donald Trump a décidé que les Etats Unis se retiraient de l’accord de Paris.

Alors même que l’ONU affirme qu’il existe un « écart catastrophique » entre les engagements pris par les Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et les efforts nécessaires pour contenir la hausse de la température planétaire en dessous de 2 °C, alors que le GIEC rappelle qu’il faut absolument que les émissions de gaz à effet de serre de la planète commencent à diminuer vraiment avant 2020, le Président américain affirme que mettre en œuvre cet Accord pourrait « tuer l’emploi et le commerce ».

Planet First ! Nous voulons que l’Europe soit la première à prouver « grandeur nature » que non seulement la sauvegarde du climat n’est pas un obstacle au bien-être social mais que c’est un levier puissant pour créer de l’activité, innover et lutter contre le chômage tout en recréant un élan de solidarité entre les hommes et entre les peuples.

Si l’Europe change rapidement de modèle, avec succès, on peut penser que d’autres grandes régions feront de même et que le successeur de Donald Trump s’inspirera, lui aussi, de notre action…

Alors que la COP 24 sera organisée en Europe en décembre 2018, et que le GIEC, réuni à Paris en mars 2018, publiera un « rapport spécial » qui montrera qu’il faut, de toute urgence, changer de braquet pour limiter le réchauffement à moins de 1,5°C, nous voulons tout faire pour que l’Europe se donne les moyens de tenir et de dépasser ses objectifs de réduction des GES, tout en aidant les pays du Sud à lutter contre le dérèglement climatique.

Pour cela, nous poursuivons un double objectif :

  1. Améliorer la compréhension et l’appropriation des questions de climat par l’ensemble des acteurs (citoyens, élus, paysans, salariés, étudiants, industriels, etc…) : non, le réchauffement climatique n’est pas une invention imaginaire. Il a des conséquences de plus en plus visibles et de plus en plus graves. Nous avons tous intérêt à agir avec force pour en limiter l’importance. Cette question ne concerne pas seulement les climatologues et les chefs d’Etat. Chacun de nous est concerné. Chacun peut agir.
  2. Obtenir au plus vite un Traité européen assurant des financements pérennes et suffisants pour financer le gigantesque chantier de la transition énergétique (économies d’énergie & développement des énergies renouvelables).

L’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Sir Nicholas STERN, montre que, si l’on veut avoir une chance de gagner la course de vitesse engagée contre le dérèglement climatique, chaque pays doit y consacrer 2 % de son PIB chaque année et de façon durable. Pour la France, c’est chaque année entre 45 et 50 milliards d’euros qui sont nécessaires pour financer des investissements publics et privés liés à la transition énergétique.

Alors qu’Angela MERKEL et Emmanuel MACRON souhaitent négocier de nouveaux traités pour « relancer l’Europe » et qu’ils demandent aux Citoyens de s’impliquer dans ce débat fondamental qui doit être clos fin 2018, nous voulons tout faire pour imposer l’idée d’un Plan Marshall pour le Climat, financé par la création monétaire de la BCE et une Contribution Climat de 5% sur les bénéfices des entreprises. Pendant 30 ans, chaque pays disposerait d’un droit de tirage correspondant à 2 % de son PIB pour financer la transition énergétique : la France disposerait chaque année de 45 milliards à taux 0. L’Allemagne aurait chaque année 60 Mds. L’Espagne chaque année 22 Mds. La Belgique, 8 milliards par an… et l’Europe disposerait de 100 milliards pour aider au financement du chantier, en Europe et dans les pays du Sud.

Une campagne à 4 temps

  1. Lancement de la campagne le 9 décembre 2017, par un Appel signé de 150 personnalités venant de 12 pays et un bon nombre de réseaux associatifs.

 

  1. 2018, année du choix. Nous nous donnons un an pour convaincre une majorité de Citoyens et de Chefs d’Etat et de gouvernements européens. La diversité des personnalités et des réseaux qui soutiennent notre initiative prouve qu’on peut gagner la bataille d’ici la fin 2018. En réunissant, en même temps, le patronat du bâtiment et les réseaux altermondialistes, en ayant le soutien d’élus de tous horizons et d’un grand nombre de citoyens, nous avons bon espoir d’obtenir réellement une décision majeure avant la fin 2018. Beaucoup de nos dirigeants comprennent que l’Europe va se disloquer si elle n’est pas capable d’un sursaut, d’un nouvel enthousiasme.

 

  1. 2019, l’année de la ratification. Pour ne pas perdre de temps, et pour que le Pacte Finance Climat puisse être ratifié au plus vite (par un référendum pan-européen, le même jour dans tous les pays d’Europe, comme le suggère Jürgen HABERMAS), une équipe va commencer à rédiger le Traité dès le début 2018.

 

Miguel Angel MORATINOS, ancien Ministre espagnol des Affaires étrangères et ancien envoyé spécial de l’Europe pour le Moyen-Orient (autant dire, un très grand diplomate) a accepté de piloter ce groupe de travail. L’objectif est simple : en décembre 2018, quand tous les chefs d’Etat se retrouveront en Pologne pour la COP 24, nous leur donnerons quelques millions de signatures de Citoyens soutenants le Pacte et nous leur donnerons aussi le Pacte, prêt à être ratifié.

 

  1. 2019-2020 : mise en œuvre effective du Pacte Finance-Climat. Le travail d’harmonisation des assiettes fiscales nécessaire à la création d’un Impôt européen sur les bénéfices a déjà été réalisé par la Commission européenne. Si on le veut, si on en a la volonté politique, l’ensemble du Pacte peut être mis en œuvre pour la mi-2019.

 

Pour anticiper les difficultés concrètes dans la mise en œuvre (quel accompagnement sur le terrain ? Quelles normes faut-il modifier dans le logement ou les transports ? Quel besoin de recherche ? Comment accélérer la transformation du modèle agricole ? Comment accompagner les métiers qui vont voir leurs effectifs diminuer ? Comment régler les problèmes de formation dans les secteurs qui vont massivement créer des emplois ? …) nous allons mettre en place un second groupe de travail, qui formulera des recommandations très concrètes aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux.

Si nous voulons tenir l’objectif fondamental de réduire réellement les émissions de gaz à effet de serre avant 2020, l’année 2018 est vraiment une année cruciale. Nous invitons tous ceux qui le veulent à s’engager avec nous dans l’action. Action tournée vers les « décideurs » (Députés, Ministres, Chefs d’Etat et de gouvernement, …) de tous les pays d’Europe. Action tournée aussi vers les organisations professionnelles, les leaders d’opinion, les autorités morales et spirituelles, les étudiants, les salariés et les chômeurs, les paysans et les patrons de PME…

Action tournée vers le grand public, sur les grands médias, les réseaux sociaux mais aussi « dans la rue » : durant l’été 2018 (avec ses vagues de chaleur et le temps libre des vacances, l’été est un bon moment pour parler du climat), nous organiserons une tournée des Festivals[1] et des lieux de vacances. Nous aurons formé au préalable quelques centaines d’Ambassadeurs du Climat.

Quelles chances de succès ?

Peut-on convaincre les dirigeants allemands et ceux d’une majorité de pays européens ? Il y a deux ans, Philippe MAYSTADT, Président honoraire de la Banque Européenne d’Investissement, a présenté notre projet à Hans TIETMEYER, ancien Secrétaire d’Etat aux finances CDU et ancien Président de la Bundesbank. Un digne représentant des « orthodoxes » allemands. En deux heures seulement, Philippe MAYSTADT l’avait convaincu[2] : « Initialement, les dirigeants allemands ne voulaient pas du Quantitative Easing de la BCE. Mais maintenant qu’il est en route, autant l’utiliser pour lutter contre le dérèglement climatique et créer massivement des emplois plutôt que pour alimenter la spéculation

Répétons-le : il ne s’agit pas de pousser la BCE à créer plus de monnaie mais de s’assurer que la monnaie créée sert effectivement aux priorités que sont la lutte contre le dérèglement climatique et la création d’emplois utiles et de qualité.

La société civile « prépare le terrain » aux politiques

Le 24 juin 2017, le Président de la République française, Emmanuel MACRON, a annoncé qu’il reprenait à son compte et allait porter devant l’assemblée générale des Nations unies le projet de Pacte mondial pour l’environnement, que portait depuis quelques années un Think-tank français.

De même, notre objectif est que d’ici la fin 2018, une majorité de dirigeants européens reprennent à leur compte le Pacte Finance-Climat et qu’il soit mis en œuvre au plus vite en Europe, en Afrique et dans tous les pays du pourtour de la Méditerranée.

[1] En France, pour cette tournée des festivals, nous nous appuierons sur le réseau construit par France Nature Environnement.

[2] Ministre d’Etat belge, connu pour avoir remis de l’ordre dans les finances publiques du pays tout en étant épris de justice sociale, Philippe MAYSTADT souffrait depuis quelques années d’une maladie incurable qui diminuait gravement ses capacités pulmonaires. Il s’est éteint le 7 décembre 2017 au matin. Un grand nombre de Belges avaient la larme à l’œil en apprenant la triste nouvelle. Durant tout l’été 2017, Philippe a considérablement aidé Jean JOUZEL et Pierre LARROUTUROU à construitre le Pacte Finance-Climat et à construire l’argumentaire.