Par Bernard Léon

Le premier mérite à mes yeux du pacte est que celui-ci aura pour conséquences, une fois approuvé par les Etats, de sortir nos peuples d’une certaine malédiction du chômage en  relançant massivement l’emploi, 900 000 créations en France, plus de 6 millions en Europe, portées par la transition énergétique, la réponse au défit climatique, une création monétaire revue à l’aune de l’intérêt général.

L’Europe retrouvera ainsi sa crédibilité perdue ; on ne pourra plus reprocher à la  Banque Centrale Européenne d’ignorer le financement des entreprises ; et la spéculation stérile des banques dans le casino financier mondial n’aura plus lieu d’être.

 

Mais pour cela il faut des moyens. Or, ces moyens les Etats les ont perdus, par la faute d’’une économie déviée.

Déviée par la libéralisation de la finance, qui a fait des financiers et des banquiers des puissances au dessus Etats.

Déviée par des multinationales qui ont trouvé dans la mondialisation la possibilité de n’avoir plus d’attaches territoriales.

Déviée par les facilités offertes, par des législations et des fiscalités différentes, pour organiser l’échappement à l’impôt, plus ou moins légal, agrémenté d’évasion fiscale pour les riches particuliers.

Déviée enfin par les relations troubles entre argent et politique, qualifiée de liaisons dangereuses  porteuses de dérive ploutocratique, dans un article du magazine Alternatives Economiques  en novembre 2017.

 

Vers un changement de la façon de gouverner.

 

Il faut donc souligner l’importance qu’il y a à se battre pour le Pacte Finance Climat européen. Celui ci adopté, on devrait assister, par une révolution douce, à un changement étape par étape de toutes les règles qui régissent la gouvernance de l’Europe et de nos nations.

 

La première étape sera de mettre au rencart la théorie économique dominante qui a été transmise et se transmet encore, dans nos universités, à ces experts qui, situés auprès de l’Union Européenne ou de nos gouvernants, sont responsables des modèles macroéconomiques trompeurs sur lesquels sont bâties les politiques économiques désastreuses dont on ne sort pas.

Un livre vient de paraître dont je vous conseille la lecture,  « Pouvons nous éviter une autre crise financière », de Steve Keen, préfacé par Gaël Giraud. Vous y trouverez démontée pièce par pièce la théorie néolibérale qui est à la base des politiques d’austérité prônée par Bruxelles, et qui foai jouer aux déficits publics un rôle qu’ils n’ont pas forcément, ne disant rien du risque plus important encore que prend la dette privée dans l’éclatement des bulles à le déclenchement des crises.

Vous trouverez dans ce livre ce qui justifie pleinement le Pacte Finance Climat européen dans son appel à investir massivement dans les économies d’énergies. L’ancien Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, n’avait-il pas déploré en son temps, « l’utilisation du crédit non pas pour investir ou pour des dépenses durables, mais pour la consommation courante, les impôts, ou les dépenses de santé ». (Cité dans « Le coup d’Etat permanent milliardaire » de Jean-Jacques Gury aux éditions Utopia). Il aurait pu rajouter à sa liste l’utilisation du crédit donné aux banques, par la BCE, utilisé majoritairement dans la spéculation. Le tableau aurait été complet.

Rajoutons que le Haut Comité de stabilisation financière vient de faire connaître récemment qu’il veut limiter l’exposition des banques aux groupes les plus endettés. Confirmation que, et Steve Keen, et les rédacteurs du Pacte, ne s’étaient pas trompés.

 

La deuxième étape sera la nécessité de remplacer le capitalisme actuel, soit par un capitalisme amendé dans le sens de l’intérêt général, soit par une autre organisation de la production et du commerce. Une nécessité que montre le travail de Antonin Pottier, docteur en économie de l’environnement de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et premier lauréat du « Prix Veblen ». Il défend la thèse selon laquelle capitalisme et respect des frontières écologiques sont incompatibles, l’élément premier d’incompatibilité venant du fait que les calculs de rentabilité n’intègrent pas les dégradations écologiques. Mais Pottier, qui envisage l’économie comme une science sociale, va bien au delà dans ses analyses, tentant de comprendre comment gouvernements, entreprises ou individus s’approprient et utilisent les théories économiques et comment celles-ci infléchissent ou non leurs pratiques. (Lire un entretien qu’il a donné à Alternatives Economique du mois de décembre 2017).

La troisième étape ne pourra qu’être l’abandon en économie et en politique de la règle du court-termisme. Il faut mettre fin à l’incapacité de nos dirigeants politiques et de nos chefs d’entreprise à ne vivre que dans le court terme. Il nous faut retrouver la notion d’avenir que nous avons perdue. Comme le rappelle un article du Monde de février 2013, l’historien Fernand Braudel opposait le temps bref de l’événement au temps long de l’Histoire, qui structure durablement les transformations économiques et sociales. La longue durée n’est donc pas l’ennemi du changement ni du temps immobile : c’est le temps de l’accomplissement. Appliquons la formule à la transition énergétique. Une innovation radicale, a écrit l’économiste Michel Aglietta dans son livre « Un new deal pour l’Europe » a le potentiel de se déployer dans toute l’économie en transformant la structure productive dans son ensemble. L’adaptation au changement climatique est une innovation radicale, rajoute-t-il.

La quatrième étape est celle de la refondation de l’Europe. La Pacte en constitue une bonne prémisse, et sur ce sujet, il est inutile d’en rajouter, car on en parle chaque jour un peu partout, plus ou moins bien. Mais le fait même qu’il soit envahissant montre que les commentateurs ont bien perçu qu’on ne peut continuer ainsi, et qu’il faut répondre d’urgence à la défiance des opinions publiques. Mais la réponse ne sera pas de construire des discours sur des sujets techniques qui leurs échappent. Ce ne pourra que passer par des propositions qu’ils comprennent, qui les concernent et qui leur parlent. Du type, l’Europe c’est plus de sécurité, plus de droits, plus de liberté, et voilà pourquoi.

Et ces réponses l’appel pour un Pacte Finance Climat européen les esquisses clairement.

Bernard LEON